Dans une lettre adressée à sa mère, la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt, otage des Farc en Colombie depuis près de six ans, décrit avec des détails poignants sa lutte pour la survie et pour garder espoir.
Des enregistrements vidéos, des lettres et des photographies de Betancourt, ex-candidate à la présidentielle en Colombie, et d'autres otages des Forces armées révolutionnaires de Colombie ont été confisqués à des rebelles capturés par les forces de sécurité.
Des images des otages diffusées vendredi à la télévision ont choqué les Colombiens. Ces documents constituent la première "preuve de vie" de Betancourt depuis 2003.
"Pendant de nombreuses années j'ai pensé que tant que je vivrais, tant que je respirerais, je devrais essayer de garder espoir", écrit-elle.
"Je n'ai plus les mêmes forces, cela me coûte beaucoup à présent de continuer à croire", ajoute la Franco-Colombienne, qui va sur ses 46 ans.
Enlevée en 2002, Betancourt est l'un des otages les plus en vue des Farc qui détiennent aussi en otages, depuis 2003, trois Américains.
"Je vais mal physiquement. Je ne mange plus, j'ai l'appétit bloqué, je perds mes cheveux par poignées entières", explique-t-elle à sa mère, Yolanda Pulecio, dans cette lettre publiée en partie par la presse colombienne.
"Je n'ai envie de rien car ici l'unique réponse à tout est 'non'. Il vaut mieux, dans ces conditions, n'avoir envie de rien pour demeurer au moins libre de désirs."
Si elles ont été affaiblies par la campagne militaire menée par le président Alvaro Uribe avec le soutien de Washington, les Farc poursuivent toujours leur combat, la plus longue guérilla d'Amérique latine, financé par le trafic de cocaïne.
"MON COEUR APPARTIENT AUSSI À LA FRANCE"
Une médiation entreprise par le président vénézuélien Hugo Chavez pour obtenir la libération d'otages a pris fin la semaine dernière à l'initiative d'Uribe, qui a accusé Chavez d'avoir violé les termes de cette médiation.
Sur les images diffusées à la télévision la Franco-Colombienne apparaît amaigrie et silencieuse, assise dans une clairière, dans la jungle.
Elle explique qu'elle vit dans un hamac, ses affaires à côté d'elle pour être prête s'il faut lever le camp. Elle dit avoir tenté de s'échapper et que nombre de ses affaires ont été confisquées par ses ravisseurs. Son seul luxe: une Bible, dit-elle.
"Cela fait trois ans que je demande un dictionnaire encyclopédique pour lire quelque chose, apprendre quelque chose, maintenir en vie la curiosité intellectuelle. Je continue à espérer que, par compassion, ils vont m'en procurer un, mais il vaut mieux que je n'y pense pas", explique-t-elle.
Betancourt dit être la seule femme d'un groupe de huit à dix otages. Elle envoie des messages à ses enfants, son mari et sa soeur, demandant à sa fille résidant à Paris de promettre de travailler pour décrocher son doctorat.
Les négociations sur les otages se heurtent à la demande des Farc d'une zone démilitarisée, option que le gouvernement rejette. Uribe s'est dit prêt cependant à collaborer avec son homologue français Nicolas Sarkozy pour aboutir à un accord.
"Mon coeur appartient aussi à la France", écrit Betancourt. "Quand la nuit est à son plus sombre, la France est un phare."
Nicolas Sarkozy s'est entretenu samedi avec Uribe et "lui a dit son soulagement, mais aussi son inquiétude, celle de la famille et du peuple français dans son ensemble devant la précarité évidente de l'état de santé de notre compatriote Ingrid Betancourt et son désespoir", déclare l'Elysée dans un communiqué.